George Clooney récolte 9,3 millions pour le Darfour

George Clooney récolte 9,3 millions pour le Darfour

George Clooney fait de grands efforts pour aider le Soudan.
Selon George Clooney, les stars du film «Ocean's Thirteen» ont fait don d'une somme de 5,5 millions US $ pour aider les efforts humanitaires au Darfour, une région du Soudan durement touchée par divers problèmes dont la guerre civile.

En entrevue téléphonique à l'Associated Press, Clooney a dit que Brad Pitt, Matt Damon, Don Cheadle et le producteur Jerry Weintraub s'étaient joints à lui pour récolter un total de 9,3 millions $ pour le Darfour. La majeure partie de cette somme a été recueillie lors d'un dîner qui a eu lieu dans le cadre de la première de «Ocean's Thirteen» au Festival de Cannes le mois dernier.

Clooney précise que plus de la moitié des fonds a déjà été remise à des organismes de charité. Il dit que son groupe et lui veulent vider et puis remplir les coffres de l'organisme qu'il a cofondé, «Not On Our Watch», pour attirer l'attention sur la situation des 2,5 millions de personnes, des civils, qui ont fui leur domicile au Darfour.

«Nous ne pouvons poser que certains gestes, soit protéger ces gens du mieux que nous le pouvons... Leur fournir de la nourriture, de l'eau, des soins de santé et une aide psychologique. Nous essaierons d'assurer leur survie assez longtemps pour qu'ils puissent ensuite passer à la prochaine étape», a dit l'acteur.

Not On Our Watch a notamment donné un million $ au programme alimentaire mondial de l'ONU, a indiqué Clooney.

# Posté le jeudi 28 juin 2007 19:08

Rapprochement international sur le Darfour à Paris

Rapprochement international sur le Darfour à Paris
Durant la conférence organisée par la France, il fut davantage question de politique que d'humanitaire.


L'AFFICHE était belle, hier, au centre de conférence de Kléber. Seize pays et six organisations internationales, membres du groupe de contact élargi sur le Darfour, s'y sont retrouvés le temps d'une demi-journée pour tenter d'esquisser, selon l'objectif affiché par Paris, « un consensus international sur les actions à mener au cours des prochaines semaines ».


L'affiche était donc belle et fournie. Lors de la conférence finale, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, se trouvait entouré à sa gauche par la secrétaire d'État, Condoleezza Rice et à sa droite par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Étaient également présents Javier Solana, secrétaire général de l'Otan, Louis Michel, commissaire de l'Union européenne (UE) pour le Développement ainsi que la présidence allemande de l'Europe.


Tous, et bien d'autres, dont une importante délégation chinoise menée par le vice-ministre des Affaires étrangères, venaient de consacrer leur déjeuner et plus d'une heure, expliqua un diplomate français, à un « échange de vues sur ce qu'il fallait faire pour faire avancer le processus ». Concrètement, le diplomate eut quelque difficulté à faire état de progrès : « Il faut réfléchir, dit-il, faire le constat d'où l'on en est et conserver l'impulsion ». En quatre-vingt-dix minutes, après le déjeuner, fut-il précisé, la diplomatie internationale réunie à Paris au chevet du Darfour passa donc en revue les questions sécuritaires, humanitaires ainsi que de développement et de reconstruction.


Formulé par Bernard Kouchner, lors de l'ouverture de la conférence de presse finale, cela donna le résumé suivant : « Quelqu'un a pu dire lors de la réunion qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres. L'avenir s'est éclairci. » Madame Condoleezza Rice eut le verbe moins lyrique : « C'était l'occasion de réunir tout le monde, dit-elle, et de savoir exactement ce que nous devons faire. Et nous le ferons. »


Justement, que doit faire la communauté internationale ? Sur ce point, nul ne s'aventura à formuler des pistes précises. Tout au plus des engagements généraux furent-ils dessinés, des principes établis, du moins en creux. Les différences de positions entre pays étant probantes, il convenait de ne pas en rajouter. Afin de dégager une « cohérence ».


Côté français, il y eut des évolutions significatives. De retour d'une rude tournée dans la région (Tchad, Soudan), le nouveau ministre Bernard Kouchner remisa au placard sa première approche toute en urgence et en humanitaire. « Nous voulions simplement parler politique, exposa-t-il. Il n'y aura pas de solution humanitaire à ce conflit. »


Nouvelle ligne


Ce retour du politique, au détriment d'une approche jusqu'ici basée sur la compassion, fut souligné par plusieurs hauts responsables. Lors d'un entretien dans les couloirs, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, insista longuement sur la « nécessaire unité d'une communauté internationale qui doit faire pression tout autant sur le gouvernement soudanais que sur les rebelles du Darfour ». Cette ligne, quelque peu nouvelle, fut développée en choeur par de nombreux participants. « Il est indispensable, insista Bernard Kouchner, de convaincre les chefs rebelles de se réunir autour d'une table. » Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon le suivit sur ce point : « Le moment est venu d'agir, a-t-il dit, en particulier pour le président soudanais, Omar el-Béchir. En même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique. »


Condoleezza Rice défendit la politique de sanctions à l'égard de Khartoum voulue par les États-Unis : « Cette menace est nécessaire pour que le gouvernement soudanais soit convaincu du sérieux de la commission internationale ». La secrétaire d'État fut suivie par le commissaire européen Louis Michel pour qui « l'option des sanctions doit demeurer ouverte ».

# Posté le mardi 26 juin 2007 14:26

Washington salue l'initiative de Paris sur le Darfour

Washington salue l'initiative de Paris sur le Darfour
'initiative de Nicolas Sarkozy et du ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, de convoquer, lundi 25 juin à Paris, une réunion internationale sur le Darfour (ouest du Soudan), est accueillie favorablement à Washington. L'administration Bush a décidé de s'emparer de cette occasion pour afficher un regain de coopération avec la France sur un terrain nouveau : après le Liban, le nucléaire iranien et la lutte antiterroriste, il est désormais question d'unir les efforts pour mettre fin à un drame que les Etats-Unis ont qualifié de "génocide", et la France de "catastrophe humanitaire".




La Chine présente à la réunion de Paris, pas les Africains
La Chine, accusée par les Occidentaux de bloquer le règlement de la crise au Darfour (ouest du Soudan), participera, lundi 25 juin à Paris, à la réunion du "groupe de contact élargi" sur le Darfour, aux côtés des Etats-Unis et des autres grandes puissances, dont la France, organisatrice de l'événement. L'objectif est d'afficher une unité de mobilisation internationale contrastant avec l'actuelle cacophonie, source d'inefficacité. Pour la France, l'initiative vise à "donner un coup d'accélérateur" aux efforts de paix en profitant d'un moment jugé propice, quelques jours après l'acceptation par le Soudan du déploiement d'une "force hybride" ONU-Union africaine. L'absence de cette dernière organisation, irritée de ne pas avoir été consultée avant l'annonce de la réunion, comme celle de tout représentant africain, risque cependant de peser négativement sur les débats.


Le conflit du Darfour dure depuis 2003, a fait environ 200 000 morts, 2,5 millions de déplacés, et la crise est désormais régionale.

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, est arrivée à Paris, dimanche, pour une série d'entretiens dans lesquels le Darfour devait occuper une place importante. Elle doit dîner dimanche soir avec M. Kouchner. Lundi matin, elle devrait être reçue par M. Sarkozy. Puis, dans l'après-midi, Mme Rice doit participer à l'intégralité des cinq heures de réunion prévues sur le Darfour, dans le cadre d'un "groupe de contact élargi" à un niveau ministériel. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, des représentants européens, chinois, russe, japonais, seront présents. Le Soudan a décliné l'invitation et l'Union africaine (UA) sera absente, signes de la difficulté du dossier. La réunion vise à mieux coordonner les différentes initiatives en vue d'un processus politique au Darfour. Il s'agit aussi de préparer le déploiement dans la province d'une "force hybride" ONU-UA de 20 000 hommes, ainsi que l'a ordonné le Conseil de sécurité des Nations unies voici plus de dix mois.

Cette présence de Mme Rice pendant les cinq heures de discussions vise à souligner les bonnes dispositions américaines à l'égard de M. Sarkozy, et à saluer son engagement sur le Darfour, disent des diplomates au département d'Etat. "On est emballés par le fait que les Français prennent le devant de la scène sur ce dossier, d'autant que cela intervient après des années de, disons, inertie", commente un diplomate américain. La question du Darfour mobilise beaucoup plus - et depuis plus longtemps - l'opinion publique et les parlementaires aux Etats-Unis qu'en France. Le président Bush est sous pression pour afficher des résultats avant la fin de son mandat, en 2008, alors qu'il est affaibli politiquement.


CONVERGENCE NOUVELLE


L'implication de la France sur le Darfour est jugée utile à Washington, car Paris dispose de leviers dans la région (Tchad, Centrafrique) et de contacts que l'administration américaine n'a pas (Erythrée). Les nouveaux dirigeants français pourront, juge-t-on à Washington, peser au sein de l'Union européenne pour que des contributions en troupes et des moyens financiers soient débloqués en soutien à la "force hybride".

Toutefois, si l'objectif affiché est commun - mettre fin au conflit -, les moyens pour y parvenir pourraient diverger, notamment à propos des sanctions contre le Soudan. Le 29 mai, au lendemain de l'annonce par George Bush de nouvelles sanctions unilatérales contre Khartoum, le numéro deux du département d'Etat, John Negroponte, a demandé aux pays européens de suivre la même voie en adoptant des mesures financières contre le Soudan. Ni M. Sarkozy ni M. Kouchner n'ont réagi publiquement à cet appel. Une source du ministre français des affaires étrangères commente que, s'il devait être question de sanctions, celles-ci "devraient frapper toutes les parties au conflit" du Darfour, et être décidées "dans le cadre de l'ONU, pas de façon unilatérale".

Mais une convergence nouvelle est aussi apparue entre Paris et Washington sur un aspect particulier : l'administration Bush a annoncé, début juin, qu'elle était prête à aider la Cour pénale internationale (CPI) dans ses enquêtes sur les atrocités perpétrées au Darfour. Si cela se confirme, il s'agit d'un changement d'attitude. En 2005 la France avait bataillé contre les Etats-Unis qui s'opposaient à une saisine de la CPI par le Conseil de sécurité de l'ONU. Les Etats-Unis avaient finalement choisi de ne pas bloquer la résolution en s'abstenant le jour du vote.

# Posté le dimanche 24 juin 2007 19:36

EURO-PETITION D'URGENCE DARFOUR

EURO-PETITION D’URGENCE DARFOUR
EUROPETITION D'URGENCE aux chefs de gouvernements
et aux institutions de l'Union européenne
pour l'envoi immédiat d'une force de protection internationale au Darfour.


Initiative coordonnée par le Collectif Urgence Darfour (www.urgencedarfour.com)

A Mesdames et Messieurs les chefs de gouvernement des États membres de l'Union européenne,
A Monsieur José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne,
A Monsieur Javier Solana, Haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune

Nous, citoyens français et européens, ne pouvons rester plus longtemps indifférents et passifs face à la véritable guerre contre les civils qui se déroule actuellement au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

L'armée soudanaise et les milices janjawids ont massacré par villages entiers, principalement en raison de leur identité « africaine noire », leurs concitoyens fours, massalits, zaghawas... qui constituent la majorité des six millions d'habitants du Darfour.

Certains parlent du premier génocide du XXIe siècle.

Déjà 400 000 hommes, femmes et enfants innocents sont morts. Des dizaines de milliers de personnes ont été violées, torturées et terrorisées. Plus de deux millions et demi d'autres ont été chassées de chez elles. Chaque heure, chaque jour, le nombre de victimes augmente !


L 'ONU a qualifié les exactions commises contre les populations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, et a saisi la Cour pénale internationale.

L'action humanitaire est intentionnellement entravée par le gouvernement soudanais: des ONG ont ainsi été obligées de suspendre leurs programmes et de quitter la zone, quand elles n'ont pas été tout simplement expulsées.

Aujourd'hui selon les observateurs des Nations unies,
plus de deux millions et demi de réfugiés ou personnes déplacées n'ont pas ou plus accès à l'aide internationale et sont désormais exposés à la mort par malnutrition et maladie.

Cette situation insupportable qui perdure au Darfour déstabilise encore plus cette région déjà fragilisée et aggrave d'autres désastres humanitaires au Tchad et en République centrafricaine.

En quatre ans, dix résolutions ont été votées par les Nations unies sans aucun résultat concret sur le gouvernement de Khartoum.

En décembre dernier, au moment de quitter ses fonctions, Kofi Annan reconnaissait que le Darfour était le plus grave échec de l'ONU de ces dernières années.

Chaque minute coûte la vie à davantage d'innocents.

Mesdames, Messieurs, comme l'a demandé le Parlement européen dans sa résolution du 15 février 2007 votée à l'unanimité, vous devez agir maintenant !

En droite ligne avec la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats européens doivent envoyer immédiatement une force d'interposition ayant pour mandat de :

- protéger effectivement les populations d'un massacre généralisé
- mettre en place des corridors humanitaires sécurisés permettant aux organisations humanitaires d'accéder à l'ensemble des populations nécessitant une aide vitale ;
- déférer devant la Cour pénale internationale tous les individus inculpés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

D'autre part, il faut :

- établir une zone d'exclusion aérienne sur tout le Darfour ;
- appliquer des sanctions ciblées, conformément à la dernière résolution du Parlement européen ;
- favoriser les conditions d'un véritable accord de paix entre toutes les parties, permettant aux populations déplacées ou réfugiées de retourner sur leurs terres en toute sécurité.

Il est du devoir de l'Europe d'intervenir aujourd'hui et d'exercer sa responsabilité de protéger !


IMPORTANT : Aidez-nous en relayant cette pétition !
Si nous voulons être entendu, nous avons pour objectif de réunir,
en France, 1 million de signatures !
Faites signer cette pétition au plus de personnes possible, autour de vous !
Envoyez-la, par e-mail, à tous vos contacts de messagerie, et demandez leur qu'ils la relaient à leur tour... pour créer, ainsi, une chaîne d'union pour le DARFOUR.




# Posté le dimanche 24 juin 2007 19:25

Comprendre le drame du Darfour

Comprendre le drame du Darfour
Par Simone DUMOULIN

Qualifiées par la commission d'enquête de l'ONU de crimes contre l'humanité, les exactions commises depuis maintenant deux ans au Darfour, une région de la taille de la France, plongent la population dans l'horreur des massacres, des exodes forcés et de la famine, et compromettent la stabilité de toute une partie de l'Afrique. La gravité de cette situation est niée par un régime politique soudanais centralisateur, violent et corrompu, alors que les preuves abondent de son implication directe dans ces massacres. Qualifiées par la commission d'enquête de l'ONU L'analyse des événements tout aussi dramatiques et même souvent encore plus meurtriers qu'au Darfour survenus dans d'autres régions du Soudan, montre que la seule réponse du régime politique soudanais aux crises internes est le massacre ; le gouvernement soudanais lui-même étant parfaitement illégitime puisque il est issu d'un coup d'Etat. Prise dans un faisceau d'intérêts contradictoires, la communauté internationale peine à faire cesser ces crimes, ce qui rendrait pourtant aux populations du Soudan un espoir érodé par les vingt ans de guerre et les 2 millions de morts du Sud-Soudan, chrétien et animiste.

Massacres et exodes

Tout était calme dans ce village africain rural et paisible du Darfour quand un groupe de janjawid, les diables à cheval, en uniforme de l'armée soudanaise, a attaqué dans un vacarme assourdissant, en hurlant « tuez les esclaves, tuez les Noirs ». En quelques heures, ils ont tué des hommes, parfois brûlés vifs, violé les femmes et les filles dès l'âge de 8 ans en leur criant qu'elles allaient enfin avoir un bébé arabe, pillé les troupeaux, brûlé les maisons, empoisonné les puits, percé à coup de kalachnikov les récipients susceptibles de contenir de l'eau, profané mosquées et corans, quoique attaquants et attaqués soient tous musulmans. Les survivants se retrouvent sur les pistes, sans ressources.

Certains se rendront dans des camps de réfugiés au Tchad, d'autres iront grossir au Darfour les immenses camps de déplacés où ils retrouveront les janjawid qui s'y pavanent triomphalement, les harcelant, violant les femmes dès qu'elles sortent du camp pour chercher du bois pour le feu, en leur criant de revenir avec les hommes pour qu'ils puissent les tuer.

Là, les forces gouvernementales ont longtemps exercé toutes sortes de pressions pour obliger les déplacés à quitter les camps du Darfour, les sommant de rentrer chez eux, les jetant au milieu de nulle part alors qu'ils ne trouveront ni à boire ni à manger, que leur village n'existe plus, que les récoltes et les semences ont été brûlées et qu'avant même de parvenir à leur village, ils se feront massacrer par les janjawid, loin de tout regard indiscret.

Cela dure maintenant depuis deux ans. Les photos satellites montrent plus de 400 villages ainsi brûlés la seule première année. Les Soudanais qui s'émeuvent de ces crimes sont arrêtés par les forces de sécurité, mis au secret et souvent torturés, et en premier, les citadins issus de ces tribus massacrées du Darfour.

Crimes contre l'humanité

Les organisations internationales, Human Rights Watch, Amnesty International, International Crisis Group, de nombreux journalistes et hommes politiques ont recueilli par centaines les témoignages de ces atrocités.

Les Nations Unies comptent 200 000 morts de maladie et de malnutrition, 50 000 tués par les armes à feu, les armes blanches, ou brûlés vifs, 2,4 millions de déplacés et 200 000 réfugiés, sans parler des innombrables viols. On attend 10 000 morts de plus par mois et 3 millions de déplacés/réfugiés, fin 2005.

La présence de camps de déplacés, malgré l'insécurité qui y règne, a empêché la Commission d'enquête diligentée par les Nations Unies de conclure à un génocide. Elle a néanmoins déclaré que l'accusation de crimes contre l'humanité qu'elle lançait à l'encontre du gouvernement soudanais et les milices janjawid, n'était pas moins grave qu'un génocide et que les criminels (cinquante deux personnes identifiées dans une enveloppe scellée), devraient être jugés par la Cour Pénale Internationale.

La pression de la communauté internationale n'a réussi ni à faire cesser ces massacres, ni à faire juger les janjawid par Khartoum. Elle a seulement permis que ces attaques de villages ne soient plus systématiquement précédées par des bombardements de l'aviation soudanaise, et a arrêté le rapatriement forcé des déplacés.

Sur le terrain, les derniers développements sont alarmants. L'Etat harcèle le personnel humanitaire qu'il soupçonne de divulguer les exactions. Les janjawid ont récemment menacé de s'en prendre aux occidentaux parmi ce personnel. Beaucoup sont désormais regroupés laissant les déplacés seuls.

Les Nations Unies n'ont plus d'argent pour le Soudan, tout ayant été dépensé pour le tsunami.

Une situation niée par le gouvernement soudanais

Le gouvernement soudanais minimise ou nie la gravité de la situation au Darfour, disant par exemple que les musulmans ne violent pas, qu'il est normal que les tribus arabes soient armées pour pouvoir se défendre – alors qu'aucun village arabe n'a été attaqué-, qu'il s'agit d'un conflit sur les ressources en eau, que toute cette affaire est inventée par l'ambassade américaine et les ONG et surtout que le gouvernement n'y est pour rien.

Une situation organisée par le gouvernement soudanais

Or ce drame du Darfour est perpétré par l'Etat soudanais qui organise, arme et commande les milices janjawid. Les preuves et témoignages abondent : la présence de l'armée soudanaise lors de l'attaque des villages, les bombardements aériens, le port d'uniformes par les janjawid jusqu'aux instructions écrites de Khartoum portant sceaux et signatures que l'organisation Human Rights Watch a pu se procurer ou aux déclarations de Musa Hilal, un chef des Rizeigat Abbala armés par le gouvernement soudanais, selon lesquelles toutes les milices sont commandées par un officier de l'armée qui reçoit ses ordres du commandement de l'Ouest du Soudan et de la capitale.

Les causes

Depuis au moins 1820 et la colonisation égyptienne, le centre du pays proche de la vallée du Nil jusqu'à la frontière égyptienne, a un fort sentiment de supériorité vis à vis du reste du pays et accapare pouvoir et ressources. Ce sentiment est dû à plusieurs causes. Des causes historiques d'abord. Cette partie de la vallée du Nil s'enorgueillit d'une histoire qui date de 5000 ans.

Celle du Darfour, par exemple, ne remonte qu'au 16ème siècle, alors qu'il était un sultanat indépendant. La même partie de la vallée du Nil, de chrétienne qu'elle avait été du 6ème au 16ème siècle, fut arabisée puis islamisée du 12ème au 17ème siècle. C'est par elle et par ses marchands que, plus tard, le pays connut l'islam et la langue arabe. Arabisés, ses habitants ont un teint un peu plus clair. Tout cela justifie, dans leur inconscient, l'écart de traitement entre le centre et la périphérie.

La publication anonyme d'un Livre Noir fit prendre conscience aux Darfouriens que leur région était en-dehors des circuits du pouvoir et de l'argent. La manne pétrolière nouvelle, dont ils ne profitèrent pas du tout, allait aggraver leurs ressentiments. De plus l'Etat ne faisait rien pour lutter contre les innombrables bandits des grands chemins. Vinrent les pourparlers de paix du Sud. Les tribus africaines du Darfour (en particulier les Four, les Zaghawa et les Massalit) comprirent qu'au prix d'une guerre de plus de 20 ans, les Sudistes obtenaient des avantages considérables et que seul le langage des armes était entendu par Khartoum. Ils se rebellèrent.

Ne pouvant faire mater cette rébellion par l'armée régulière dont bon nombre de sous-officiers sont issus de ces tribus, le gouvernement soudanais appela les tribus arabes du Darfour à faire la guerre contre les tribus africaines du Darfour. Certaines, dont les Rizeigat Baggara, refusèrent. D'autres au contraire s'engagèrent fortement. Ainsi par exemple, les Rizeigat Abbala du chef Mousa Hilal qui s'est vu accorder par avance toute impunité. Ces tribus seront surnommées janjawid.

Les même causes produisant les mêmes effets, la contestation contre les inégalités de traitement du gouvernement soudanais n'est pas l'apanage du Darfour puisqu'elle fut une des causes de la guerre du Sud-Soudan et que, maintenant, au Nord, les collines de la Mer Rouge connaissent une forte agitation qui se répandrait au Kordofan.

Les graves exactions du Darfour ne sont ni les seules, ni les premières

Débutée en 1983 la guerre contre le Sud-Soudan, dont la taille est d'une fois et demie la France, a fait dans les rangs de la population chrétienne et animiste de cette région plus de 2 millions de morts, plus de 4 millions de personnes déplacées et plus de 500 000 réfugiés.

Ce même régime politique a aussi :

- massacré et dispersé comme au Darfour, les Noubas, tribus montagnardes du centre du Soudan au début des années 1990 provoqué une terrible famine dans le Bahr el Ghazal, au Sud, et massacré ses populations en 1998 ; réduit ses jeunes en esclavage jusqu'en 2001 ; - massacré et dispersé comme au Darfour, les Shillouks, près de Malakal, au Sud, en 2004 ; massacré et dispersé comme au Darfour, les populations des zones pétrolières du Sud depuis 1999 : les derniers témoignages de ces exactions remontent à janvier 2005. Les survivants ne sont jamais retournés chez eux.

Dans ces régions les massacres et les déplacements n'ont pas été chiffrés. La communauté internationale ne s'y est pas intéressée, l'accès est très difficile et de plus interdit.

Un gouvernement soudanais illégitime

En 1989, le gouvernement et le parlement démocratiquement élus s'apprêtent à faire la paix avec le Sud-Soudan et, pour ce, à supprimer la charia, loi islamique qui fait des non musulmans que sont les habitants de cette région, des citoyens de seconde classe.

Pour sauver la charia, le mouvement des Frères Musulmans, qui avait été largement battu aux élections avec moins de 10% des voix, perpètre alors un coup d'Etat, attend, pour s'annoncer comme Frères Musulmans, d'avoir les rouages de l'Etat bien en main, met en place un régime totalitaire avec des services de sécurité qui enlèvent, torturent, voire tuent tout opposant supposé dans tout le pays, poursuit 16 années supplémentaires de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Sud-Soudan, et accumule une richesse colossale.

De fragiles pourparlers de paix

Si l'on ne tient pas compte de prétendus pourparlers de paix par le gouvernement soudanais avec des non rebelles, des chefs tribaux non impliqués voire des janjawid, des pourparlers ont eu lieu à l'instigation d'abord du Tchad puis de l'Union Africaine.

Le Tchad est très impliqué dans la guerre du Darfour puisque le territoire des tribus africaines Massalit et Zaghawa s'étend du Darfour jusqu'au Tchad, tandis que des tribus arabes du Tchad participent au pillage des tribus africaines du Darfour. Le président du Tchad est lui-même un Zaghawa mais il est très redevable au président soudanais qui l'a aidé à prendre le pouvoir. Ces pourparlers ont abouti à un cessez-le-feu qui n'a jamais été respecté : ce non respect étant scrupuleusement noté par une force envoyée au Darfour par l'Union Africaine, avec, comme seul mandat de noter les non-respects du cessez le feu, sans autorisation d'intervenir, ni entre les combattants, ni pour protéger les populations.

Il a été plus récemment décidé de conduire les pourparlers en suivant le plan qui avait été utilisé pour les pourparlers de paix avec le Sud-Soudan, en commençant par la question du partage du pouvoir. Si le gouvernement soudanais semble vouloir accepter un peu plus de démocratie pour le Darfour, il paraît beaucoup plus réticent à l'idée de le laisser participer au gouvernement central. Toutefois, selon l'accord de paix avec le Sud, il y aura des élections libres dans trois ans dans tout le Soudan. Qui vivra, verra.

Mais les organisations rebelles, principalement le grand Mouvement pour la Libération du Soudan (MLS) et le petit Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE) bien financé par une faction non autorisée des Frères Musulmans (cheik El Tourabi), repoussent les pourparlers jusqu'à ce que les criminels accusés par les Nations Unies soient jugés par la Cour Pénale Internationale (CPI). La Commission d'Enquête de l'ONU a noté contre les forces rebelles quelques exactions, qui ne peuvent en aucun cas être comparées à celles du gouvernement.

Une communauté internationale longtemps divisée

Malgré la faiblesse que la France a montrée envers le gouvernement soudanais pour la guerre du Sud-Soudan et pour ses violations des droits de l'homme, elle se trouve parmi les plus actives à appuyer le Conseil de Sécurité sur le Darfour, à cause de la déstabilisation causée au Tchad.

Après une décision menaçante contre le gouvernement soudanais, le Conseil de Sécurité a craint, en irritant le Soudan, de risquer son accord de paix avec le Sud. D'autre part, la Chine est très impliquée dans l'exploitation pétrolière au Sud-Soudan, la Russie grande pourvoyeuse d'armes du Soudan : ces Etats sont opposés à l'embargo l'un, sur l'exportation du pétrole, l'autre sur l'importation des armes, les seules sanctions efficaces. Le Conseil de Sécurité a donc limité le flot d'armes arrivant au Darfour et édicté des sanctions personnelles, interdictions de voyage et sanctions financières, contre des personnes à être identifiées.

Il était très important d'arrêter l'impunité qui encourage les exactions. La pression internationale et quelques concessions ont permis au Conseil de Sécurité, avec l'abstention américaine, de déférer devant la Cour Pénale Internationale les criminels identifiés par la Commission d'Enquête de l'ONU. Le gouvernement soudanais affiche déjà sa mauvaise volonté évidente d'y collaborer. L'urgence est maintenant à la protection des populations civiles et à leur retour sécurisé chez elles, comme pour toutes celles qui ont été déplacées de force au Soudan. Elle est aussi à la reprise des pourparlers de paix.

Par Vigilance Soudan Collectif Urgence Darfour


# Posté le dimanche 24 juin 2007 19:21